• Whitby Abbey, Angleterre

    Les vieilles pierres de l'espoir, pad

     

     

     

    Je n’ai jamais été ce qu’on appelait une grenouille de bénitier, pas même au pensionnat où tous ces rites à heures fixes chatouillaient ma liberté d’agir et choisir.

     

     

    Quand tous étaient à leurs dévotions, moi je gambadais sur les voûtes de la chapelle en explorant chacune des arabesques et étudiant chaque détail des sculptures. Seuls les chants me ramenaient parmi l’assemblée et plus ils étaient « gothiques », plus grande était ma participation. C’était encore à l’époque où presque tout se disait et chantait en latin. Curieusement, plus c’était « Lamente », plus j’étais d’humeur paisible, heureux d’une certaine façon. C’est toujours le cas.

     

    Moi je ne priais pas, malotru qui chantait ou parlait à tous ces gens de pierre ou de bois d’égal à égal, tel d’humain à humain. Mais cela, personne ne le savait ou s’en doutait.

     

    Je dois préciser toutefois que le respect était quand même présent dans ces dialogues avec l’imaginaire tel qu’il existait entre vivants. Si je lisais, comme tous, les Écritures, c’était surtout pour y découvrir l’histoire cachée entre les lignes et bien sûr les mémoriser suffisamment pour répondre aux questions de mes éducateurs.

     

    Nos « Pères » étaient d’origine Européenne venant surtout des Pays d’Allemagne, Hollande, Hongrie et d’autres territoires occupés par le communisme. Alors, la liberté n’était pas qu’un vain mot dans leur enseignement et nulle contrainte n’était imposée en matière de liberté de penser sauf le respect et la moralité des lieux et du comportement.

     

    Moi, je faisais plus que de les écouter en classe; chaque jour je fouillais la bibliothèque pour me renseigner sur les us et coutumes des Pays d’origine de chacun et ainsi acquérir un peu de leur Histoire et mieux comprendre leur personnalité propre. Mais encore… Je souhaitais surtout découvrir et comprendre pourquoi ils avaient fait ce choix de vie cléricale.

     

    C’est ainsi que je découvris d’abord les monastères, dans leur splendeur et ferveur du Moyen Âge et La Lumière que dégageaient leurs vitraux, la Paix de leurs longs corridors voutés, leur mode de vie, enfin toutes les beautés de ces mondes fermés. Il faut bien le dire : j’en découvris aussi, pour certains, les ombres cachées derrière des portes closes.

     

    Triste réalité de l’hommerie…

     

    Mais « mes longues marches dans leurs allées » n’avaient pour but que de toucher aux murs vivants des âges qu’ils avaient connus et ainsi m’imprégner de leur vécu et celui des mondes qui les environnaient. En cela leur dénomination religieuse m’était secondaire. Leurs oeuvres inscrites dans la pierre, la peinture, les sculptures, vitraux et autres matérialisation de la dévotion m’enseignaient avant tout l’amour et l’humanité représentés. Quand on lève les yeux vers le ciel on y voit le bleu et le blanc du lapis-lazuli, le disque d’or où l’ombre de l’infini, tous trois symbole de vie et d’éternité au sens cosmique.

     

    C’est ainsi que la visite d’un Cardinal Chinois de la Communauté (très âgé et dégageant une aura de sérénité) me conduisit aussi, par les livres, dans les monastères d’autres visions de la pensée et de l’âme. Là encore, j’y retrouvais la Paix des espaces invisibles.

     

    Si l’internet avait existé, j’aurais tout aussi bien chanté â l’orientale le gothique qu'en tibétain des montagnes ou le mandarin de Pékin…

     

    Tous ces murs m’ont murmuré les mêmes mots : Ici des hommes et des femmes ont vécu et oeuvré leur vie dans la sueur comme le repos, dans la joie comme la douleur et surtout dans l’espoir de demain et d’un avenir meilleur pour le genre humain. Autour d’eux s’érigeaient les hameaux plus paisibles que les cités-châteaux.

     

    Si les « hommes » restent des hommes avec toutes leurs forces et leurs faiblesses et que ces pierres ont parfois faillis à leur tâche d’ériger leur mur en rempart contre les assauts de la bêtise, un grand nombre ont rempli leur mission en étant le levier de l’esprit pour s’élever au-delà les sols boueux de l’ignorance et la servilité entraînant avec elles une humanité issue du chaos.

     

    Puisque l’évolution humaine ne peut s’arrêter en chemin et stagner sur ses hier, elle construit d’autres Maisons de la paix et s’émancipe des vielles pierres grises… Mais la pierre est de montagne et toutes les montagnes de toutes les nations de ce monde taillent un peu de ce ciel bleu et le feront encore pendant bien des siècles du temps.

     

    Désertes mais refusant encore la poussière de leur oubli, toutes ces « Maisons » de tous lieux et tous pays, de l’âme et de l’esprit, restent les piliers de l’humanité. Tant qu’il en restera une debout, elle ne pourra pas sombrer.

     

    Merci à mes « Pères » qui me transmirent l’art de sculpter la pierre de mon esprit et me donnèrent la précieuse liberté dans la vision de l’oeuvre finale.

     

    Imaginaire, elle ne sera pas même poussière; mais de cela je ne m’en soucie guère.

     

     

     

     

     

    pad

     

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